Pour cette dernière campagne marquant la fin de la période des bicentenaires, le Xe a décidé de se donner les moyens de participer pleinement aux commémorations les plus symboliques et de traverser les lieux témoins du passage des armées françaises. 

Ligny 14-15 juin 

Le 13 juin, vers 11h le soir, arrivée au bivouac de la cavalerie à Ligny.
Le montage des paddocks et des tentes, les discussions autour des feux avec les officiers d’état-major déjà présents nous entraînèrent fort tard dans la nuit.
La journée du 14 était consacrée aux exercices de cavalerie, escortes de l’Empereur, visites des points de résistance prussiens lors de la bataille de Ligny.

L’Empereur voulu visiter les lieux, il est en grande forme et remonta au grand galop tout le champ de bataille à travers les blés.
L’état-major est surpris et son peloton d’escorte le suivit à grande peine. Satisfait de son cheval très rapide, il réitérera l’exercice en sens inverse. Les chevaux sont pris de frénésie, il faut les tenir.
Lors de cette chevauchée un peu « enthousiaste », une sabretache, un sabre et un chapeau impérial tombèrent et par chance, tout fut retrouvé.
L’ambiance était très enjouée, mais je profitais de la situation, pour signaler à l’Empereur que la campagne sera longue et que si des chevaux de son piquet d’escorte devaient être prématurément rincés, il ne bénéficierait d’aucune remonte.
Pour l’anecdote, je lui rappelais le nombre de chasseurs blessés par chute lors des escortes de sa Majesté…(faits réels, Archives de Vincennes).…
Il promit d’y penser. De fait, les chevaux étaient détendus.

L’Empereur et son état-major vinrent ensuite s’établir à la Ferme d’en Bas, un bataillon de chasseurs à pied de la garde occupait déjà la cour.
La chaleur était torride, on nous fit offrir à boire.

Notre service terminé, avec mon trompette et mon brigfour, nous sommes allés visiter la ferme d’en Haut.

La journée prenait fin, on reçut l’ordre de retourner dans nos cantonnements.

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Toujours accompagnés de mes chasseurs, en remontant le village, nous sommes passés devant des prisonniers prussiens.
Leur humeur joyeuse ne laissait rien deviner de leur nouvelle condition

De retour au bivouac, nos montures bénéficièrent de toute notre attention.
Après avoir contrôlé qu’elles s’alimentaient correctement, nous répondions avec joie à l’invitation de l’état-major pour le diner.

Un repas à la table de l’état-major italien est toujours un luxe en campagne.
Nous retrouvions avec plaisir le grand chef Pino qui nous avait régalés lors de la remontée de la route des Alpes.
Après plusieurs années passées au service du Prince Eugène, il est aujourd’hui à la suite du général Puleo.
Malgré la faiblesse des communications et la difficulté des ravitaillements, Pino a réussi à mettre la main sur un jambon.
Très vite la nouvelle s’est propagée et notre table accueillit beaucoup de monde!

La table était présidée par Franco B, un vétéran qui commandait le 111eme de ligne, lorsque nous sommes devenus amis il y a 20 ans.
La soirée se déroula dans la bonne humeur.

La nuit, on fait parfois de drôles de rencontres.
Pino qui n’avait pourtant pas bu de vin lors du diner, nous raconta le lendemain qu’il avait croisé durant la nuit un « dragon panthère ».
Nous le crûmes quand nous nous sommes trouvés en présence de « l’animal » et j’imaginais tout de suite l’usage que je pouvais faire sur ma selle, à l’occasion, de cette luxueuse robe de chambre…

Le 15 juin, on nous donna l’ordre d’être à cheval à 9h et notre corps se positionna au nord de Ligny.
Ce qui nous sembla être une arrière garde prussienne échangea avec nous quelques boulets et employa très peu sa cavalerie.
L’Empereur, pressé d’en finir, commanda l’affaire en personne.

Le moment venu, il fit donner la cavalerie qui balaya rapidement le plateau.

Celui-ci resta en notre possession, mais l’ennemi se retira en bon ordre après plus d’une heure de combat.

l’affaire terminée, l’Empereur quitta le champ de bataille, prestement, entrainant derrière lui l’état-major toujours surpris par sa vivacité.

De retour au bivouac, les chasseurs a cheval de la garde qui n’étaient pas de piquet d’escorte gouttèrent un repos bien mérité!

Ligny est pour l’heure une ville garnison. Tous les soldats s’y retrouvent. Échoppes et tavernes sont prises d’assaut.
Dragons, lanciers et chasseurs de la garde, quant à eux, sont invités à la table du général Puleo.
En décidant d’aller en ville boire un dernier verre pour clore cette chaude journée, nous tombons dans le piège que nous nous sommes tendus et dont nous serons les victimes consentantes jusqu’à la fin de cette campagne : le déficit de sommeil.
Les rencontres avec de nombreux camarades, les échanges de nouvelles, les discussions avec les habitants eurent pour conséquence un retour au bivouac à une heure excessive.
Ultime corvée d’eau et de foin pour les chevaux qui sont très calmes. Extinction des feux après 2h30…

Walhain 15-16 juin
Le maréchal Grouchy établit le 18 juin son quartier général à Walhain au nord de Gembloux sur la route de Wavre.
Nous intéressant à l’itinéraire du maréchal Grouchy, nous quittions Ligny pour rejoindre 20 km plus loin Walhain où nous devions partager le cantonnement que le 9è léger occupait avec autre unité d’infanterie et d’artillerie.
Peu avant minuit, après bien des difficultés, nous trouvions le QG de Grouchy.

Le bivouac installé non loin des ruines du château, n’est localisable que par les feux du bivouac autour desquels dorment les soldats.
Les 2 chevaux du train d’artillerie étaient en liberté…. Ils rodèrent par curiosité autour de nos 3 paddocks, mais sans créer de complication.
Il fallut trouver de l’eau et choisir l’endroit où l’herbe était la plus fournie. Après avoir mangé ce qui nous restait de provisions, vers 2 heures, nous avons sombré dans les bras de Morphée.
Le 16 juin, Réveil 6h45, 8h15 à cheval! Nous avons un impératif, recevoir de jeunes écoliers mais le temps était compté. Pendant 2 heures, des démonstrations pédagogiques sont commentées par un instructeur du 9è léger, pour un public jeune et attentif.

Nous devions rapidement prendre congés, les chasseurs à cheval de la garde étant attendus par l’Empereur et le maréchal Ney à Fleurus…

Avant de quitter Walhain, courte halte à la ferme Marette, QG du maréchal Grouchy.

Nous sommes amusés par l’attention originale de la propriétaire des lieux.
Un panier de fraises trône sur une table recouverte d’un napperon dans la cour de la ferme ! (visible entre Guy et moi).
Petit clin d’œil en rapport à l’anecdote qui raconte que Grouchy mangeait de fraises le 18 juin 1815 au lieu de marcher au canon.

Sur le mur extérieur, une PC
« 18 juin 1815
Ici stationnait le Maréchal Grouchy
Alors que Waterloo s’embrasait »

A propos de Grouchy….
Une réflexion sur la conduite de Grouchy. Il est aisé de lui reprocher beaucoup de choses …après la défaite, mais il était loin d’être sot et la situation militaire les 17 et 18 était confuse.
Quand, arrivé à Walhain, le 18 juin vers 9h , il comprit que les 4 corps prussiens ne retraitaient pas vers Liège, mais faisaient route vers le nord par Wavre, pour opérer une jonction avec les Anglais, il envoya un message à l’Empereur pour obtenir des instructions. Tout le monde connaît la suite.

N’étant ni stratège ni un spécialiste de cette campagne, je n’émettrai aucun jugement sur ses choix.
Mais sur le strict aspect technique, quelques observations nous sont venues à l’esprit.
Nous avons pu constater sur place que les routes sont étroites et encaissées d’autant plus aux abords de la Dyle. Il y a 200 ans c’étaient de mauvais chemins. Les témoignages indiquent que la pluie abondante les rendait impraticables. Grouchy avaient 33 000 hommes et 96 canons !
Les distances à couvrir ne sont pas importantes mais les déplacements extrêmement lents.

En suivant les premiers ordres de l’Empereur et arrivant vers 15h30 devant Wavre défendu par le corps de Thielmann qui lui interdit le franchissement de la Dyle, Grouchy ne pouvait techniquement arriver à Waterloo à temps.
Il lui fallait traverser la Dyle dont tous les ponts étaient contrôlés par les prussiens, de Wavre à Ottignies. Ce n’est qu’à 19h qu’il pu traverser le pont de Limal au sud de Wavre sans pouvoir prendre la ville et c’est le lendemain, le 19, que les prussiens quittèrent leur position et pour cause, ils savaient avant Grouchy que L’Empereur avait perdu la bataille la veille.

Par contre, si Grouchy avait marché au son du canon, il avait 2 options, soit rejoindre l’Empereur par Wavre et on sait la chose impossible, soit marcher vers l’ouest et passer la Dyle à Genappe.
De Walhain à Plancenoit, il y a 30km de chemins défoncés et boueux qui se parcourent à une moyenne guère supérieure à 3 /4 km/h, avec le flanc droit de l’armée française en permanence exposé aux attaques d’un corps prussien, qui a reçu l’ordre de lui faire barrage.
Nous nous sommes dit que quelles que fussent les décisions du maréchal Grouchy, et en nous basant essentiellement sur le type, la qualité et l’état des voies de communication ainsi que la météo, il avait toutes les chances d’arriver après la bataille.
En fait la question est autant : Qu’était-il possible de faire, que, Que fallait-il faire.

Fleurus 16 juin 

Revenons à notre périple. C’est avec un retard de 20 mn sur le début du programme officiel que nous sommes arrivés au château de Fleurus.

A l’issue de la cérémonie de commémorations et de la visite du château, nous avons été invités à déjeuner dans une auberge avec l’Empereur et son EM.
Le repas du soir se tiendra dans la salle à manger du château.
La parade de l’après-midi s’est soldée par un accident stupide pour un chasseur qui venait de rejoindre nos rangs. En mettant pied à terre, il perdit l’équilibre et sa monture lui marcha sur la cheville occasionnant une fracture. La campagne fut de bien courte durée pour notre pauvre ami.

Villers-la-Ville 17 juin 

Au soir, nous sommes invités à nouveau à rejoindre le bivouac du 9ème léger qui a pris ses quartiers dans les ruines de l’abbaye cistercienne de Villers la Ville. Les vestiges sont les témoins d’un site qui était très important, avant les 2 pillages dont fut victime l’abbaye.
Le dernier avait été perpétré par les troupes françaises en 1794.
Située à seulement 12 km de Fleurus, nous eûmes toutes les peines du monde pour trouver l’entrée de l’abbaye. Finalement, ce fut une vivandière rencontrée sur la route qui nous guida vers le portail d’entrée. Il était 11h30 le soir. La garde est fatiguée et ça grogne dans les rangs…
Le responsable des lieux, très accueillant et attentif aux besoins de la cavalerie nous mis à disposition un endroit adapté pour monter les paddocks et pour une fois le point d’eau était proche des chevaux.
Le dortoir était celui offert aux voyageurs de passage, il y a bien longtemps.
La nuit, de nombreuses bougies posées sur le sol donnèrent à cette salle voutée une ambiance très particulière

Encore une fois, la nuit fut courte.
Vers 7h le bivouac prend vie.

Les officiers rassemblent leur monde

Le général vérifie les préparatifs.

Peu après 9h, Rapport du matin

Nous devions nous séparer.
Il fallait maintenant rejoindre le bivouac de la cavalerie au Caillou pour accueillir les 30 autres membres du Xe qui allèrent arriver pour participer aux commémorations de la bataille de Waterloo…

(A Suivre.)

Par Jean François Rémy-Néris

Vice-Président et Capitaine du Xème escadron